Cet article propose un fil conducteur pour ces dix dernières années : faire l'état des lieux, connaître les règles de l'AVS et du 2e pilier, mesurer le coût d'une retraite anticipée et anticiper la question du logement.
Étape 1 : faire l'état des lieux de vos trois piliers
Avant d'optimiser quoi que ce soit, il faut savoir d'où l'on part. Trois documents sont à rassembler.
AVS : l'extrait de compte individuel (CI). Il est gratuit et se demande auprès de votre caisse de compensation. Il liste, année par année, les revenus soumis à cotisation. Chaque année manquante réduit la rente de 1/44, soit 2,3 %. Si vous constatez un trou, la marche à suivre dépend de sa nature (voir l'encadré ci-dessous). Vérifiez-le tôt, et non la veille de la retraite.
2e pilier : le certificat de prévoyance. Vous y trouvez votre avoir de vieillesse, la rente projetée, le taux de conversion appliqué et votre potentiel de rachat. Demandez aussi le règlement de votre caisse : il fixe l'âge minimal de retraite anticipée, la part de capital que vous pouvez retirer et les délais d'annonce.
3e pilier : le solde de vos comptes 3a. Listez chaque compte ou contrat, avec son établissement (banque ou assurance), son solde, la manière dont il est placé et les bénéficiaires désignés. Vérifiez aussi si vous avez versé le plafond de l'année, qui est de CHF 7 258 en 2026 pour un salarié affilié à une caisse de pension.
Un trou dans votre extrait AVS ? Identifiez d'abord sa nature.
- Une erreur ou un oubli d'inscription. Vous avez cotisé, mais ce n'est pas enregistré, par exemple parce que l'employeur n'a pas reversé les cotisations retenues sur votre salaire (le salarié qui peut prouver ces retenues n'est pas pénalisé). Contestez dans les 30 jours suivant l'envoi de l'extrait, auprès de la caisse qui tient le compte concerné (son numéro figure dans la première colonne), avec vos justificatifs. Faute de contestation, une correction demandée lors du calcul de la rente n'est admise que si l'erreur est manifeste ou formellement prouvée. Attention : les revenus d'une année n'apparaissent en général que l'année suivante.
- Des cotisations non payées alors que vous étiez assuré. Par exemple une période sans activité lucrative, sans vous être annoncé à la caisse. Le rattrapage est possible sur les cinq dernières années, comptées dès la fin de l'année civile concernée : les cotisations de 2021 ne peuvent plus être fixées après le 31 décembre 2026. La caisse valide les périodes et fixe le montant.
- Une période sans assurance. C'est le cas d'un départ à l'étranger avec transfert du domicile, ou d'une arrivée en Suisse après 21 ans. Aucun versement rétroactif n'est possible : la rente est réduite, éventuellement complétée par une rente étrangère. Pour éviter la lacune lors d'un départ, il faut recourir à l'assurance facultative. Elle est réservée aux personnes de nationalité suisse, UE ou AELE, domiciliées hors UE et AELE, assurées durant les cinq années consécutives précédant le départ, et la demande doit être déposée dans les 12 mois. À l'inverse, un séjour temporaire ou un détachement par un employeur suisse peut parfois maintenir l'assurance obligatoire : à vérifier avec la caisse.
Pour les lacunes de cotisations, certaines compensations légales restent possibles, par exemple grâce aux cotisations versées avant 21 ans. La caisse les examine lors de la demande de rente.
Étape 2 : connaître les règles de l'AVS en 2026
En 2026, la rente mensuelle d'une personne seule va de CHF 1 260 à CHF 2 520 pour une carrière complète. Pour un couple marié, la somme des deux rentes est plafonnée à 150 % de la rente maximale, soit CHF 3 780 par mois.
La 13e rente arrive. Acceptée par le peuple en mars 2024, elle sera versée pour la première fois en décembre 2026, sans démarche de votre part. Elle correspond à un douzième de la somme des rentes mensuelles de vieillesse perçues durant l'année. Elle se calcule sur la rente réellement versée : elle est donc réduite si vous avez anticipé votre rente, et augmentée si vous l'avez ajournée. Le 29 novembre 2026, le peuple votera sur son financement additionnel, par un relèvement de la TVA de 0,4 point dès 2028.
Vous choisissez votre date de départ, à un mois près. La rente peut être perçue entre 63 et 70 ans, en totalité ou en partie (entre 20 % et 80 %).
- Anticiper réduit la rente à vie : de 6,8 % pour un an d'anticipation et de 13,6 % pour deux ans.
- Ajourner l'augmente à vie, de 5,2 % pour un an jusqu'à 31,5 % pour cinq ans.
Ces taux pourraient être ajustés dès 2027 au plus tôt.
Les femmes nées entre 1961 et 1969 bénéficient de règles transitoires : anticipation possible dès 62 ans, taux de réduction plus favorables ou supplément de rente si elles n'anticipent pas. Leur âge de référence est par ailleurs relevé progressivement jusqu'à 65 ans.
Deux règles de procédure à retenir. Une rente anticipée ne peut pas être versée avec effet rétroactif : la demande doit donc être déposée avant le début du droit. Pour un ajournement, la demande doit parvenir à la caisse au plus tard dans l'année qui suit l'âge de référence.
Étape 3 : le 2e pilier, entre rachats et calendrier de retrait
Selon le règlement de la caisse, la retraite LPP est possible dès 58 ans au plus tôt. Un départ anticipé réduit la rente à vie : les caisses diminuent généralement le taux de conversion de 0,15 à 0,25 point par année d'anticipation. Rappelons aussi que le taux de 6,8 % ne vaut que pour la part obligatoire. Pour la part surobligatoire, la caisse fixe librement son taux, souvent nettement inférieur.
Si votre certificat affiche un potentiel de rachat, c'est un levier fiscal important, comme nous l'expliquions dans l'article sur les déductions. Un horizon d'environ dix ans avant la retraite est souvent pertinent. Rappel essentiel : un rachat bloque le retrait en capital pendant trois ans. Le dernier rachat doit donc intervenir au moins trois ans avant un éventuel retrait en capital.
Le choix entre rente et capital, abordé dans notre article de juin, se prépare lui aussi durant cette période.
Étape 4 : le pilier 3a, retirable dès 60 ans
Les avoirs du 3a peuvent être retirés au plus tôt cinq ans avant l'âge de référence AVS, soit à 60 ans pour la plupart des assurés. Le moment et la manière de retirer ont un effet fiscal, mais les règles varient selon les cantons et évoluent dans le temps. Une stratégie de retrait se prépare avec attention, sans recette toute faite.
Étape 5 : la retraite anticipée, ce qu'elle coûte vraiment
Partir avant l'âge de référence a un triple effet. Votre salaire s'arrête, vos rentes AVS et LPP sont réduites à vie, et vous devez financer les années sans rente. On y parvient généralement avec un capital LPP, le 3a, la fortune libre, ou un pont de retraite proposé par l'employeur. Vous devez en outre continuer à cotiser à l'AVS jusqu'à l'âge de référence, comme personne sans activité lucrative.
Étape 6 : anticiper la question du logement
Si vous êtes propriétaire, vérifiez tôt ce que devient votre hypothèque. À la retraite, la banque recalcule votre capacité financière sur vos revenus de retraite, qui représentent de l'ordre de 60 % du dernier revenu d'activité.
Le principe reste celui d'avant la retraite : les coûts de logement, calculés à un taux théorique de 5 % avec 1 % de frais d'entretien, ne doivent pas dépasser un tiers du revenu. Certaines banques tolèrent jusqu'à 38 % à la retraite, mais les pratiques varient d'un établissement à l'autre. L'hypothèque de 2e rang doit en principe être amortie dans les 15 ans ou avant l'âge de référence. Si la capacité n'est pas démontrée, la banque peut exiger un amortissement partiel, que l'on peut financer par l'épargne ou le 3a.
Faites ce calcul dès 55 ans : il reste alors du temps pour amortir, épargner ou ajuster votre projet. Et si des travaux sont prévus sur votre résidence principale, n'oubliez pas que la suppression des déductions liées à l'entretien entre en vigueur le 1er janvier 2029.
Étape 7 : organiser et protéger
À l'approche de la retraite, c'est aussi le moment de mettre à jour vos clauses bénéficiaires (3a, assurances), votre testament s'il date d'avant 2023, et de réfléchir à un mandat pour cause d'inaptitude ainsi qu'à des directives anticipées. Ces documents ne relèvent pas de la finance au sens strict, mais ils déterminent qui décide et qui reçoit si un imprévu survient.
Le calendrier des dix dernières années
| Horizon | Les actions clés |
|---|---|
| 10 à 8 ans avant | Extrait de compte AVS, certificat LPP, premier budget de retraite, premier calcul de capacité hypothécaire |
| 8 à 5 ans avant | Rachats LPP échelonnés si potentiel, questions à la caisse (âge minimal, capital retirable, délais) |
| 5 ans avant (dès 60 ans) | Retrait 3a possible, choix de la date de départ, comparaison rente ou capital, simulation d'une retraite anticipée |
| 3 ans avant | Dernier moment pour un rachat LPP si un retrait en capital est prévu |
| Année du départ | Demande de rente AVS (avant le début du droit, dans le délai recommandé par votre caisse), annonce à la caisse de pension, échange avec la banque |
En résumé
Les dix dernières années avant la retraite ne se résument pas à attendre l'échéance. Chaque étape a son horizon, et le plus coûteux est de découvrir trop tard une lacune AVS, un délai de caisse ou une capacité hypothécaire insuffisante. Commencer par l'état des lieux suffit déjà à mettre de l'ordre.