Elle est largement irréversible, ses effets s'étendent sur plusieurs décennies, et elle dépend de paramètres très personnels. Cet article vous donne les clés pour l'aborder lucidement — sans parti pris.

La rente : une sécurité viagère

La rente LPP est calculée en appliquant un taux de conversion à votre capital de vieillesse accumulé. En 2026, ce taux est de 6,8% pour la partie obligatoire de votre LPP — un taux maintenu suite au rejet de la réforme LPP 21 par le peuple suisse en septembre 2024. Pour la partie surobligatoire, les caisses de pension appliquent généralement un taux inférieur, souvent compris entre 5% et 5,4%.

Exemple : un capital LPP de CHF 500 000 avec un taux de conversion de 5,8% (taux global enveloppant) génère une rente annuelle de CHF 29 000, soit environ CHF 2 420 par mois.

Les atouts de la rente :

Les limites de la rente :

Le capital : liberté et responsabilité

Retirer son capital LPP signifie recevoir l'intégralité de son avoir de vieillesse en une fois. Vous devenez seul maître de sa gestion — et de sa durée.

Les atouts du capital :

Les limites du capital :

Le point mort : le calcul qui oriente la décision

Le "point mort" est l'âge à partir duquel la rente devient financièrement plus avantageuse que le capital. Voici comment l'estimer pour un capital de CHF 500 000 avec un taux de conversion de 5,8% :

ÉlémentDétail
Rente annuelleCHF 29 000/an
Imposition du capital (estimation)~CHF 40 000 (taux réduit)
Capital net après impôt~CHF 460 000
Point mort théoriqueCHF 460 000 ÷ CHF 29 000 ≈ 16 ans → 81 ans

Si vous vivez au-delà de 81 ans, la rente vous aura rapporté davantage. En deçà, le capital aurait été plus avantageux. Ce calcul est simplifié — il ne tient pas compte des rendements que vous pourriez obtenir sur le capital ni de l'inflation — mais il donne un ordre de grandeur utile.

À retenir : en Suisse, un homme de 65 ans en bonne santé a une espérance de vie d'environ 20 ans supplémentaires ; une femme, d'environ 23 ans. Statistiquement, il y a de bonnes chances de dépasser le point mort.

Les facteurs personnels qui font vraiment la différence

Votre état de santé. En excellente santé avec des antécédents familiaux de longévité, la rente est statistiquement avantageuse. Si votre santé est fragilisée, le capital peut être préférable.

Votre situation familiale. Êtes-vous marié(e) ? La rente protège votre conjoint via la rente de survivant. Souhaitez-vous transmettre un patrimoine à vos proches ? Le capital offre cette possibilité, la rente non.

Vos autres sources de revenus. Si votre AVS couvre déjà confortablement vos dépenses courantes, la garantie viagère de la rente LPP est moins critique. À l'inverse, si elle est votre principale source de revenu régulier, sa sécurité est précieuse.

Votre situation fiscale. Selon votre revenu total à la retraite et votre canton, l'imposition de la rente (revenu ordinaire annuel) peut être nettement plus lourde que l'impôt unique sur le capital (taux réduit). Un calcul précis est indispensable avant de trancher.

La voie du milieu : la solution mixte

La plupart des caisses de pension autorisent un retrait partiel en capital — souvent jusqu'à 25% ou 50% de l'avoir selon le règlement. Le solde est converti en rente.

Cette approche permet de combiner le meilleur des deux : une rente de base qui couvre les dépenses courantes, et un capital disponible pour les projets ou la transmission. C'est souvent la solution qui convient le mieux à un profil intermédiaire.

Ce que vous devriez faire maintenant

Vous avez entre 55 et 60 ans. C'est le bon moment pour demander une projection détaillée à votre caisse de pension : montant de la rente attendue, capital disponible, taux de conversion applicable. Ces chiffres varient significativement d'une caisse à l'autre.

Vous avez entre 60 et 65 ans. Faites modéliser les deux scénarios en chiffres réels : rente nette après impôt vs capital net après impôt investi. Tenez compte de vos autres revenus, de votre situation familiale et de votre horizon de vie probable.

Dans tous les cas. Consultez votre règlement de caisse de pension — les conditions varient d'une institution à l'autre. Et anticipez : certaines caisses exigent que la décision soit communiquée plusieurs mois avant la retraite.


En résumé

Rente ou capital, il n'y a pas de bonne réponse universelle. La rente protège contre la longévité et simplifie la gestion ; le capital offre de la flexibilité et une transmission possible. La solution mixte est souvent la plus équilibrée.

Ce qui est certain, c'est que cette décision se prépare — idéalement 5 à 10 ans avant la retraite, et jamais dans la précipitation.